Les petites choses préférées

[Article maman invitée : Claire Mésange Paris]

Vous commencez à avoir l’habitude de retrouver des textes de mamans rencontrées au gré de mes pérégrinations sur internet, Instagram etc. Il y a quelques jours, Claire m’a envoyé ce joli article très touchant, tout en sincérité et douceur, et j’ai donc le plaisir de le mettre en ligne aujourd’hui sur mon blog.

Claire (4)

Je vous laisse le découvrir :

« Mon rapport à la maternité, voici une question que je ne me suis jamais vraiment formulée…

Je ne me suis jamais imaginé quel genre de maman j’allais être avant d’avoir mon premier fils dans les bras, mais j’ai toujours su que je voulais plusieurs enfants, c’était une évidence pour mon mari et moi qui venons tous les deux de familles nombreuses. J’ai huit frères et sœurs et l’idée d’avoir des bébés ne m’a jamais effrayée. D’aussi loin que je me souvienne, il y a toujours eu chez nous des petits qui faisaient la sieste, des biberons sur le bord de l’évier et des couches à changer. Je me souviens aussi des visites à la maternité pour les naissances de mes dernières petites sœurs, de l’excitation et de la timidité mêlées en entrant dans la chambre pour découvrir le bébé, minuscule petit paquet endormi dans son berceau transparent, et du sourire de notre maman à demi-assise sur son lit, et qui ne nous semblait pas si fatiguée que ça.

Presque quinze ans après, j’ai vécu à mon tour l’accouchement, la douleur et les pleurs de délivrance et de joie à la naissance de notre premier bébé.

Je dois dire que, même si je n’avais rien idéalisé, j’ai vécu quinze jours terribles, assommée par la chaleur du mois de juillet, les pleurs incessants de mon bébé qui semblait ne pas savoir téter (je m’y prenais en réalité très mal), le partage d’une chambre double avec une inconnue, la quasi absence lors du retour à la maison de mon mari qui venait de prendre un nouveau poste, et ce sentiment désespérant que je ne retrouverais jamais ma vie d’avant… J’étais devenue une autre femme mais je ne savais pas laquelle, je ne supportais pas les pleurs de mon bébé, je ne prenais plus mes repas faute de temps, et je n’arrêtais pas de pleurer, seule dans mon appartement. Avec le recul, je sais que c’était juste un gros babyblues, accentué par la fatigue. Mais heureusement, soutenue au téléphone par ma maman, j’ai pu rapidement rejoindre mes parents et ma famille (deux de mes sœurs étaient déjà mamans) à la campagne pour le reste de l’été, ils m’ont soutenue, déchargée pour le quotidien, et j’ai pu enfin profiter de mon bébé et faire disparaître cette boule au ventre qui ne me lâchait plus.

Il a été un bébé très facile, que j’ai laissé à ses trois mois à une jeune fille, sa nounou, qui a été parfaite pour lui, l’a materné tout autant que moi (et oserais-je le dire… bien plus, du moins en temps passé en plus) et a joué un rôle important dans la construction du gentil petit garçon qu’il est devenu. Je le précise, car pour mes deux premiers fils, nous avons toujours eu auprès de nous une nounou (différente pour chaque enfant) très aimée, maternante à sa façon avec eux, rassurante avec moi, et qui a participé pour une part à la construction de la maman que je suis.

Notre deuxième fils est arrivé deux ans et demi après… C’est un bébé qui s’est fait un peu attendre, et cela m’a appris à lâcher prise sur le désir d’enfant que nous sommes loin de maîtriser. J’ai souvent fait des calculs sur le moment idéal où il pourrait naître, la différence d’âge parfaite avec l’aîné… Mais je sais maintenant que d’une certaine façon, les enfants choisissent eux-mêmes leur moment et qu’ils nous surprennent toujours car ils ne sont jamais ceux que nous avions projeté.

Claire (1)

Je suis aujourd’hui maman d’un troisième petit garçon, qui va avoir quatre mois, et je profite pour la première fois d’un long congé maternité, puisque j’avais repris le travail aux deux mois et demi de mon deuxième enfant. Je découvre d’une certaine façon le métier de mère au foyer, puisque je n’ai plus de nounou et que je m’occupe moi-même de mes enfants toute la journée. Dit comme ça, cela peut paraître bizarre, mais je n’avais jamais eu cette habitude de passer des journées entières avec mes enfants la semaine, et je n’avais encore jamais fait une sortie d’école avant l’automne dernier. Non pas que cela ne me manquait pas, mais cela se présentait comme ça, c’est tout, car je travaille à temps plein. Force est de reconnaître que les journées sont parfois ingrates, même si je suis très heureuse de m’occuper de mes trois enfants, de prendre du temps pour eux, de jouer, de câliner (vous ai-je déjà dit que mon petit dernier était vraiment un amour de bébé ? Il patiente comme jamais les grands n’ont fait, il ne pleure pas ou à peine et attend sagement son tour, et ce, depuis sa naissance ou presque. De quoi vous donner envie d’un petit quatrième… Mais pas tout de suite !). Je mesure enfin tout le mérite de ces mamans qui ont fait le choix de ne pas travailler. Car une chose est de s’entendre dire par des collègues admiratifs « waouh ! Déjà le troisième! », une autre est de gérer, dans la solitude, les couches qui fuient, les siestes ratées, ou le regard des autres dans la rue lorsque le bébé hurle dans sa poussette et que le plus grand refuse catégoriquement d’avancer en s’allongeant sur la chaussée. Comme je ne pense pas reprendre mon poste tout de suite, j’ai décidé de vivre cela avec le sourire, en envisageant cette nouvelle période comme un temps de ma vie de maman, qui durera ce qu’il durera, mais un temps donné pour mes enfants !

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J’apprends donc à devenir une maman « cool ». J’aime beaucoup lire des articles de pédagogie enfantine, mais je n’applique à peu près aucune méthode, si ce n’est celle de la patience et de la bienveillance – du moins j’essaie. Je crois que mon point de repère préféré est devenu celui de la « mère suffisamment bonne » théorisée par Winnicott. Je suis frappée par l’absence de rancune des tout-petits. Certaines journées, je peux être terriblement énervée, les malmener, mais je sais qu’ils mettront leurs petits bras autour de mon cou pour m’embrasser avant d’aller au lit et qu’ils auront déjà oublié. Je réalise dans ces moments-là qu’ils m’aiment inconditionnellement. Et cela vaut tout l’or du monde.

Voilà, plus cela va, plus j’aime être maman.

J’ai aimé être enceinte, adoré ne plus l’être, et connu la nostalgie de mon ventre rond quelques semaines à peine après la naissance de mes bébés.

J’aime plus que tout au monde porter un nouveau-né au creux de mon épaule, sentir son tout petit souffle contre mon cou et respirer son odeur incomparable.

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J’aime l’idée que rien n’est figé, que je ne sais pas combien nous aurons d’enfants dans trois, quatre, cinq ans…Qu’aucun principe ou presque n’est intangible. J’ai allaité mon premier fils sans plaisir et avec beaucoup d’inquiétude, j’ai donné le biberon à mon deuxième dès sa naissance avec soulagement (c’était presque une revendication pour moi qui m’étais autorisé à faire ce choix tout en assumant de ne pas être une mauvaise mère), et je viens de sevrer mon dernier après trois mois d’allaitement absolument merveilleux, et j’ai adoré ces moments de tête-à-tête si privilégiés avec lui. J’aurais pu continuer encore longtemps.

J’ai le sentiment que ce sont nos enfants qui nous apprennent à être parents, et qui nous donnent les clés pour être les parents qui leur conviennent à eux. Et que plus cela va, plus cela devient facile, d’une certaine façon. Le passage du premier au deuxième enfant a été un peu compliqué pour nous, mais celui du deuxième au troisième s’est fait dans la douceur, malgré la fatigue et les ajustements nécessaires. Je me déleste à chaque fois un peu plus de choses inutiles (théories toutes faites, recherche de la perfection et regard des autres, pour ne citer qu’elles..) et j’écoute beaucoup mon instinct, et enfin surtout mes enfants. Ce qu’ils me disent de leurs petites phrases maladroites et surtout tout ce qu’ils ne me disent pas. Un apprentissage de tous les jours…

Claire

Une amie m’a dit un jour que les mamans donnaient souvent la « température » du foyer. Les jours où elles sont débordées, excédées, trop exigeantes, sont des jours où rien ne va ; les jours où elles décident de rester de bonne humeur et d’être patientes, cela se ressent sur l’ambiance de toute la famille et les enfants sont bien plus coopératifs. J’y repense souvent…Et je m’efforce de préserver cette juste température à la maison ! »

Vous pouvez retrouver les jolies photos de Claire sur son Instagram juste ici (@mesange_paris) !

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5 réflexions au sujet de « [Article maman invitée : Claire Mésange Paris] »

  1. Merci pour ce magnifique article. Une vraie bouffée d’oxygène pendant ma pause au travail ! Deux idées en particulier m’interpellent : l’enfant qui choisit son temps, son moment pour venir (idée que je vais clairement méditer pour l’approfondir) et le fait que les enfants ne sont pas rancuniers. Quelle force dans ces deux réalités ! Merci Claire !

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  2. C’est très émouvant pour une maman de lire les écrits de ses enfants sur la maternité (Marie aussi avait écrit quelque chose de très joli il y a quelque temps). Et une grande joie de les voir construire leur famille avec amour.

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  3. Merci pour cet article ! J’aime les photos de Claire sur instagram pleines de douceur mais aussi d’authenticité sur la vie de famille. Et ça m’a amusé de découvrir qu’elles étaient plusieurs soeurs à poster des photos, écrire etc et même leur maman qui a commenté plus haut, génial ! J’attends d’autres articles sur ce thème car je trouve vraiment intéressant de voir comment chaque maman vit la grossesse, l’éducation, le quotidien…

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